Francoise Panoff

  • La force d'un roman comme Terre de l'aube tient à son pouvoir de suggestion, au mystère dont se revêt soudain le quotidien : on s'attache à un personnage et on a l'impression de s'engager soi-même dans une aventure. Hans Deschamps est un jeune Français qui, malade et disposant d'une jolie fortune, part se reposer à Hawaï. Il découvre que cette île, dont on a beaucoup rêvé et où s'épanouit jadis une civilisation raffinée, est peut-être un lieu de vie heureuse, mais qu'elle est devenue aussi l'antichambre de l'enfer. C'est ici qu'avant de retourner au combat, les soldats américains viennent passer de brèves permissions. Hans loge d'abord dans un palace. Un mystérieux Monsieur Adam, qui lui manifeste beaucoup d'intérêt, le persuade de louer une chambre plus modeste dans le quartier japonais. Hans fait également la rencontre d'une jeune femme peintre, Harietta. Auprès de ses nouveaux amis, il se découvre des curiosités qu'il ne soupçonnait pas et c'est un autre voyage, intérieur, qu'il entreprend. Ce roman étrange et simple est l'histoire d'un jeune homme qui s'ouvre au sens de la vie, alors que la vie peu à peu l'abandonne. On y verra une parodie moderne du roman éducatif, et un éloge de l'art : c'est dans les toiles d'Harietta que Hans aura pu entrapercevoir cet au-delà qui recèle les secrets de son propre destin.

  • Domesticates play a central part both in the everyday and ritual life of the Maenge people of New Britain. Maenge relationship to this category of plants is here analysed through their horticultural techniques, their systems of classification and appellation, their utilisations and finally through myths and rites. Gardening techniques as well as the systems of classification and appellation emphasise the importance of the notion of cultivar in Maenge eyes. While the taxonomy of domesticates is relatively shallow, keys are built by taking into account minute differences between cultivars, as is shown with reference to taro and cordyline. As men may receive names of taro cultivars or give their own names to cultivated trees, the boundaries between nature and culture are suppressed: domesticates appear as part of humans' culture, a point made even clearer by the attribution of a soul to cultigens since this soul endows them with powers similar to those of men: ability of feeling, agency. The distinction between hot and cold categories is fundamental for an understanding of Maenge medicine and gardening rites. The category of the rotten is also essential for a population of gardeners who fully recognise the part played by rotten matter in rebuilding the topsoil during the fallow period. Gardens, in the Maenge setting, thus appear not only as food reserves but as laboratories where experiments are ceaselessly going on as well as sanctuaries. Gardening provides not only social prestige but intellectual and aesthetic pleasures.

  • oPourquoi, depuis le séjour prolongé de Malinowski aux Trobriands, l'ethnologue doit-il se rendre sur le terrain, et ne peut-il se contenter d'interpréter des faits rapportés de seconde main ? oLes auteurs de ce livre, attachés de recherches au C.N.R.S. et actuellement en mission en Nouvelle-Guinée, estiment que le terrain n'est pas un rite de passage, dont on pourrait aisément se désintéresser, mais qu'il constitue l'expérience à partir de laquelle s'organise la science ethnologique : le terrain apparaît comme un laboratoire où l'ethnologue doit faire des séjours longs et répétés. oL'ouvrage défend ainsi une conception de l'ethnologie selon laquelle l'expérience directe, nécessairement limitée à quelques sociétés, se révèle plus féconde que la course, à travers livres et revues, à des informations dont la valeur reste toujours douteuse. oL'apprentissage ethnographique est une véritable éducation. Il semble difficile de tricher sur le terrain. L'expérience ethnographique sollicite en effet de l'ethnologue tout autre chose qu'un simple savoir : il comparaît en chair et en os, et le verdict de ce tribunal portera aussi bien sur ses qualités morales, affectives ou sensorielles, que sur des connaissances purement académiques. oOn comprend alors la résistance de beaucoup, leur peu d'enthousiasme à se rendre sur le terrain, les artifices qu'ils mettent en oeuvre pour truquer cette expérience, s'ils s'y sont, en fin de compte, résignés, et leur silence au retour. C'est justement ce mutisme que ce livre voudrait rompre.

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