• Une recherche « EXISTENTIELLE », ainsi pourrait-on définir l'écrit de Jean-Marc BARDEAU. C'est à partir de son histoire, que l'auteur de nous afflige de toutes les difficultés qui ont été et qui restent les siennes, celles de l'enfant, de l'adolescent, de l'adulte, confronté à un handicap grave qui atteint le corps dans l'image qu'il offre, tout autant que dans ses fonctions essentielles, voire intimes. C'est dans un style aisé et vigoureux, l'expression d'une recherche sur soi et sur la Société, ses Institutions, ses professionnels... Un long et pénétrant regard tout à tour froid et objectif, tendre ou passionné, extérieur et interne, résultat d'un compromis difficile entre l'investigation méthodologique et l'expression d'un vécu, d'un ressenti, d'une souffrance. Celle de ne pas être reconnu, accepté dans l'altérité, celle de ne pas être autre chose qu'un objet, qu'un corps à redresser, qu'un esprit à modeler, redressables et modelables pour convenir aux normes fixées par la société dans une analyse marxiste. Cette quête ontologique se reconnaît dans tous les thèmes qui se dégagent du plan de l'ouvrage et de son contenu : famille, médecine, éducation, rééducation, institutions, école, travail, sexualité, société et sociétés. Elle est clairement posée dans la revendication du droit au suicide par exemple et pour ne choisir que celui-ci. Dans la même ligne, se situe ce que l'auteur appelle « l'autonomie dépendante », reconnaissance du droit à la liberté assortie quand c'est nécessaire, d'une aide qui ne soit pas aliénante ou réifiante pour le handicapé. Ce désir d'échapper à l'état d'objet, au statut de « néoesclavage », dévolu au handicapé, traverse ce livre. Il est une revendication omniprésente.

  • Trois millions d'exclus en France : infirmes physiques, mentaux, délinquants, immigrés, etc. Ce chiffre et ce concept sont ceux de l'État et de son administration. En parlant d'exclus, l'État rend des milliers d'hommes et de femmes étrangers à eux-mêmes et aux autres. Pour Jean-Marc Bardeau, il s'agit, au contraire, d'une réclusion étatique. En produisant ses handicapés physiques, mentaux, sociaux, à travers ses conditions de travail et d'existence, le capitalisme a dû créer ses ghettos parallèles à ses institutions d'éducation (Instituts médico-pédagogiques) ou de production (Ateliers protégés, Centres d'aide par le travail). Médecins, psychologues, éducateurs, assistantes sociales sont érigés en nouveaux juges et praticiens de cette exclusion-réclusion d'État. L'auteur rend compte ici d'un itinéaire individuel et collectif. L'itinéraire des infirmes moteurs cérébraux n'est pas exceptionnel, mais révélateur de toute une société policée, surveillée. L'étatisation des individus normaux ou inadaptés est la même.

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