Ecole Hautes Etudes En Sciences Sociales

  • Sous l'Ancien Régime, la procédure sommaire était une procédure rapide et à bas coût que les pauvres pouvaient mobiliser devant différentes magistratures civiles. À partir d'une étude minutieuse des affaires traitées par le tribunal du Consulat de commerce de Turin, Simona Cerutti explore les idéaux et les débats sur les définitions concurrentes d'une « justice bonne et véritable ».

  • Ou était la Troie homérique et qu'en reste-t-il?
    Seule cette question anime Heinrich Schliemann dans ses autobiographies successives. Entre 1870 et 1890, l'homme d'affaires et archéologue allemand découvre neuf villes superposées sur le site de la Troie homérique.
    S'appuyant sur l'une des figures scientifiques les plus controversées du XIXe siècle, Annick Louis propose ici une généalogie sociale et culturelle d'un nouveau type de savant qui ne se réclame ni d'une tradition intellectuelle ni d'une théorie, mais qui fouille le sol pour prouver une hypothèse. Schliemann devient alors dans cet ouvrage un acteur sociologique, créateur d'une vaste littérature savante et, surtout, autobiographique.

  • Retranscription d'un entretien accordé en 1992 par l'helléniste J.-P. Vernant (1914-2007). Il revient sur les grandes étapes de sa vie, notamment sur son expérience dans la Résistance, en tant que chef de l'armée secrète pour Toulouse et la Haute-Garonne. Il évoque son style de vie, ses engagements, sa vision du travail, des relations sociales et de sa démarche intellectuelle.

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  • Aujourd'hui nous assistons à l'expansion des archives orales dans les ins- titutions publiques et privées, et des projets historiques ou patrimoniaux incluant la constitution de corpus de témoignages oraux. Cet ouvrage retrace la naissance d'une innovation historiographique, l'histoire orale, qui dans le dernier tiers du xx e siècle en France a bouleversé les méthodes des historiens contemporains. Pour Florence Descamps, la source orale est un instrument fécond qui permet de comprendre la façon dont les individus appréhendent et se représentent le monde, dans le temps et dans l'espace.

    Dans les années 1980-1990, les notions d'histoire, de mémoire et de patrimoine qui renvoient à trois usages sociaux du passé s'entrecroisent. En facteur commun, vient s'insérer le recours aux témoignages oraux, qu'il relève de l'histoire ou de l'ar- chive. Ces deux pratiques, à l'origine distinctes, vont être repensées pour répondre à la demande sociale de mémoire, faisant de cette dernière un objet d'histoire à part entière. L'ouvrage montre comment la source orale a été introduite dans la boîte à outils de l'historien, comment le tournant des archives orales a fait basculer l'histoire orale naissante dans l'univers du patrimoine, et enfin comment la patri- monialisation des témoignages oraux s'est accompagnée de celle de la mémoire.

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  • Historien inscrit dans le sillage de la revue des Annales, dont il a été long - temps rédacteur en chef, Jacques Revel est connu pour ses travaux sur l'histoire moderne. Il est aussi est l'un des observateurs les plus avertis de l'historiogra- phie internationale des quarante dernières années.

    Jacques Revel joua notamment un rôle majeur dans l'introduction de la micro- storia italienne en France. Directeur des Éditions de l'EHESS puis président de l'EHESS pendant près d'une décennie (1995-2004), il bénéficia d'une place de choix pour enregistrer les mouvements qui affectèrent les sciences sociales à partir des années 1960.
    Dans cet entretien avec Emmanuel Laurentin, ce sont cinq décennies de leur histoire que Jacques Revel restitue avec une clarté et une précision remarquables.
    Le lecteur suivra sa formation d'historien, quand l'histoire défendue par Fernand Braudel était une discipline centrale des sciences de l'homme, puis le délitement de ce modèle. Il sera aussi question de politique de la recherche dans ce contexte de mondialisation et de normalisation. Cette mondialisation qui touche l'histoire avec l'émergence de ce que l'on appelle l'histoire mondiale ou l'histoire connectée, une histoire qui ouvre l'horizon de la recherche.

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  • En naviguant dans les archives coloniales, on découvre ce qui a fait de l'allai- tement un enjeu à certains moments et pas à d'autres, ou des garderies une question raciale sensible, ce qui a érigé certaines choses au rang d'« événe- ment », et tout ce qui a animé le débat public. Ce livre porte sur la force de l'écriture émanant des documents sur la gouvernance et la dimension affective des traces écrites de la vie coloniale. En étudiant les archives coloniales des Pays-Bas des années 1830 aux années 1930, Ann L. Stoler pose la question de ce que l'on peut apprendre de la nature du régime impérial et des dispositions que celui-ci a engendrées à partir des formes d'écriture qui l'organisaient.

    Les administrations coloniales étaient de prolifiques productrices de catégories sociales. Cet ouvrage en dresse la liste, mais s'intéresse moins à la taxinomie qu'au caractère incertain des documents et des sensibilités qu'ils expriment. Les archives coloniales des Pays-Bas sont appréhendées comme des récits de l'histoire coloniale, mais avant tout comme génératrices de leur propre histoire. Ce qui a par exemple été écrit dans les marges des archives, en oblique des prescriptions officielles, a produit un appareil administratif tout en ouvrant sur un espace plus large. Ces archives ne sont pas seulement des récits d'actions ou le relevé de ce que les gens croyaient qu'il se passait. Elles sont l'enregistrement du doute quant à la manière dont les gens imaginaient pouvoir établir une correspondance entre les catégories de la domination et un monde impérial en mutation.

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  • La commémoration du centenaire de la naissance de Jules Michelet, en 1898, marque son apogée d'historien national canonique. Plus d'un siècle plus tard, il fait encore pleinement partie de la mémoire collective. Des hommes politiques de presque toutes les tendances font référence à lui, et il reste un classique pour les historiens. Repère central de la représentation historique que la France républicaine se fait d'elle-même, son oeuvre a été tour à tour célébrée, critiquée, raillée et instrumentalisée à des fins les plus diverses.

    Camille Creyghton déroule le fil des résurrections symboliques de Michelet, à travers la politique éditoriale de sa veuve, Athénaïs, mais aussi la lecture des différentes générations d'historiens et d'hommes politiques, jusqu'à celle de Barthes dans les années 1970 et la constitution d'un champ d'études littéraires spécialisé.

    Résurrections de Michelet jette ainsi une lumière nouvelle sur le rôle que joue l'histoire nationale dans la culture politique et intellectuelle française depuis le XIXe siècle.

  • En 1954, Michel Foucault participe à une fête des fous à l'asile psychiatrique suisse de Münsterlingen, dont il reste des photos, inédites. Étrange cérémonie, survivance d'un rituel hérité directement du Moyen Âge, qui marqua le jeune philosophe en train d'élaborer une nouvelle manière de parler de la folie et de son histoire.

    Notice :
    Cette visite de Michel Foucault en mars 1954 à l'asile psychiatrique suisse de Münsterlingen le jour d'un carnaval des fous nous apprend beaucoup à la fois sur le jeune philosophe - l'année 1954 est riche en événements pour lui -, mais aussi sur ce rituel qui a perduré jusqu'au milieu du xxe siècle.
    Photos, archives, textes éclairent ce moment trop souvent négligé par les spécialistes de Michel Foucault. Ce début des années 1950 est pourtant marqué par l'entrée de Foucault dans les asiles et par sa passion pour les innovations qui touchent la psychologie clinique.
    C'est la germaniste Jacqueline Verdeaux, munie d'un Leika, qui photographie. Ces images laissent entrevoir l'étrange sensation qu'a pu ressentir Foucault lors de ce jour improbable où les fous « jouent » aux fous. Une sensation d'autant plus étrange que l'asile cantonal est, avec la clinique universitaire du Burghölzli de Zürich, l'une des plaques tournantes de la psychiatrie suisse.
    Ce livre, qui aborde une période inexplorée, et non abordée dans La Pléiade à paraître, nous pousse à renverser les perspectives familières concernant Michel Foucault.

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  • En s'intéressant au fait archéologique, Philippe Boissinot livre tous les éléments pour comprendre le déroulement des pratiques de terrain et de laboratoire qui rendent cette approche singulière à l'intersection des sciences sociales et de celles de la nature.

    Notice :
    Pas une chose, pas un concept qui n'ait maintenant son archéologie. L'archéologie serait une discipline dans le vent, apte à s'imprégner des propositions les plus en pointe de la philosophie ou des sciences sociales, et même des performances plastiques, bien loin de l'image traditionnelle qu'en a le grand public.
    Mais sait-on mieux désormais ce qui fait qu'un objet est archéologique, et qu'un autre ne l'est pas ? Pour mieux comprendre la spécificité de l'entreprise archéologique, Philippe Boissinot interroge la manière dont les entités de base de notre monde sont sollicitées dans le contexte de la fouille archéologique.
    Cela peut être des outils, des aménagements, du sédiment, des cailloux, des strates, des restes osseux ou des charbons laissés sur place, dans ce que nous appelons un agrégat, autrement dit, un site archéologique. L'archéologue est chargé d'en faire le démontage et l'inventaire minutieux, afin d'embrayer sur une nouvelle question, la seule qui compte finalement : que s'est-il passé ici ?

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  • La disparition du grand historien en 2014 a suscité une grande émo- tion, en France et à travers le monde. Des collègues et amis, des anciens étudiants, mais aussi des lecteurs et des auditeurs de Jacques Le Goff, évoquent ici sa mémoire, ses travaux et sa présence dans le siècle.
    Notice Jacques Le Goff (1924-2014) a été l'un des très grands historiens de son temps. Il est l'auteur d'une oeuvre immense, consacrée pour l'essentiel à l'histoire du Moyen Âge, qu'il a renouvelée en profondeur. Ce livre en explore les ambitions, les objets et les démarches. Il réunit les contributions présentées à l'occasion d'une journée d'hommage organisée en janvier 2015 par l'École des hautes études en sciences sociales et par la Bibliothèque nationale de France. Aux très nombreux lecteurs de Jacques Le Goff, mais aussi à ses collègues et à leurs étudiants, il permettra de situer l'oeuvre dans le « moment » intellectuel et scientifique des années 1960-1980, de prendre la mesure de son rayonnement international et de rappeler la présence de l'homme public : un homme toujours soucieux de faire connaître les résultats de la recherche à un public élargi, passionné par les médias, mais aussi un citoyen engagé pour les libertés et un défenseur passionné de l'Europe en construction.

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  • Cet ouvrage analyse le phénomène mystique dans ses dimensions religieuses, sociales et politiques à travers l'expérience d'une femme maronite résidant à la périphérie de Beyrouth. Résultat de sept années de terrain au cours desquelles l'auteur a également rencontré d'autres femmes mystiques au Liban et en Syrie, le choix de Catherine se justifie par une volonté d'analyser en profondeur une personne, une histoire et une trajectoire dans toute leur singularité et leur épaisseur. La mystique est aussi appréhendée en relation avec ses proches, ses fidèles, la communauté, et sa société.

    La première partie de l'ouvrage est centrée sur le rapport entre les ecclesia alternatives qui se constituent autour de mystiques féminines comme Catherine dans leur maison ouverte, et les conflits confessionnels, politiques et sociaux qui parcourent le Liban. La seconde partie est focalisée sur la religion et le rituel, à partir des transes, des visions, des paroles de Catherine devant l'audience réunie dans son salon. Sont mobilisées autour de l'analyse de la figure de Catherine des perspectives issues de l'anthropologie religieuse, de l'anthropologie de la guerre, de l'histoire médiévale (notamment dans le lien entre images, corps et dispositifs rituels).
    Contrairement à la « désocialisation » et la « dépolitisation » de l'expérience mystique en Occident décrite par Michel de Certeau, Emma Aubin-Boltanski montre à quel point celle-ci est toujours vivace au Proche-Orient, investie d'un rôle social et politique important. Cet ouvrage éclaire de manière originale et située les tensions et les conflits religieux, politiques et sociaux qui traversent la région.

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  • Le numéro 3/2018 des Annales comprend un dossier thématique sur les mino- rités juives dans l'Italie moderne. Dans un contexte de restrictions et de margi- nalisation sociale et spatiale imposés par les ghettos à partir du milieu du xvi e siècle, les juifs étaient loin d'être des acteurs passifs et résignés. Ils surent en effet mobiliser et exploiter, de manière individuelle ou collective, les ressources offertes par la pluralité juridique des sociétés d'Ancien Régime pour négocier et revendiquer leurs droits.

    Ce dossier est accompagné par un article analysant les rapports entre sciences et industrie, à partir du cas Louis Pasteur, et d'un ensemble de comptes rendus portant sur l'histoire religieuse. Il est complété par deux notes critiques consa- crées, pour la première, au destin de l'empire français en Amérique du Nord, pour la seconde, aux liens entre Richard Wagner et l'antisémitisme.

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  • Cet ouvrage sur la ville de Constantine au XVIIIe siècle propose l'une des rares études d'histoire sociale de l'Algérie ottomane.
    L'enquête prend son point de départ dans l'aventure politique surprenante et énigmatique du gouverneur de cette ville, Sâlah Bey (1771-1792). Personnage mythique aujourd'hui encore, auréolé des fastes de l'époque ottomane, il devait connaître, dans des conditions confuses, une fin brutale dont les conséquences sur le destin de la cité restaient à évaluer. Pour éclairer cet événement singulier, l'auteur s'est attaché à saisir les multiples expériences et pratiques observables dans la cité de Sâlah Bey : réseaux de sociabilité, règlements des litiges - notamment par la médiation des femmes - et implications sociales de la justice, modes d'affirmation d'un pouvoir urbain " autochtone ".
    L'image dynamique et complexe d'une ville se dessine, dans les interactions entre individus, groupes et institutions qui en tissent la trame.
    Le livre d'Isabelle Grangaud met en oeuvre une histoire sociale dont les sources traduisent autant de points de vue sur une réalité en mouvement. La redécouverte d'un passé partiellement occulté par l'histoire de l'Algérie contemporaine se trouve ainsi engagée.

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  • De 1968 à 1980, près de 17 millions de "jeunes instruits" Chinois - les zhiqing - ont été envoyés autoritairement par le pouvoir maoïste à la campagne pour le reste de leurs jours. Ce mouvement - xiaxiang - constitue une entité historique spécifique, tant par son ampleur et par sa forme autoritaire que par ses justifications et par son rôle dans la lutte politique de la fin du règne de Mao. Pour apporter une connaissance globale du mouvement, depuis les motivations des dirigeants qui l'ont lancé, jusqu'à la réalité vécue par les jeunes instruits à la campagne, l'auteur a confronté une très vaste documentation - statistiques désormais disponibles, ¦uvres littéraires, supports de propagande, documents politiques et administratifs internes - aux exceptionnels témoignages de "jeunes instruits", notamment d'anciens gardes rouges ayant fui la Chine.

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  • Plus qu'une simple visite d'Égypte pèlerine à la tombe d'un saint musulman ou copte, un mouled est aussi foire, fête patronale, animation festive. Là s'exprime pleinement l'islam égyptien, là s'épanouit le culte des saints coptes, là s'observent les mille et une transformations de la religion populaire face à la modernité. Les mouled ne sont pas un phénomène périphérique ou marginal. Du 14e siècle jusqu'à aujourd'hui, ils ont rythmé l'histoire sociale et religieuse du pays, ils en ont animé les villages et les villes. Encore aujourd'hui, c'est souvent par centaines de milliers que les Égyptiens coptes et musulmans fêtent le mouled, noyau constitutif de leur culture populaire. L'ouvrage laissent apparaître toutes les ambiguïtés de la religion populaire. La démarche de l'auteure qui consiste à éclairer chaque confession par l'autre, autour d'un objet commun, le mouled, révèle une culture sociale commune et une façon similaire d'exprimer le sentiment religieux. Mais la comparaison fait également ressortir des différences irréductibles. Les mouled égyptiens sont des moments autonomes, des moments pleins de l'expérience humaine, qui reflètent l'histoire du pays dans sa complexité : régions et paysages, gens et bêtes, commerce et cultures, mets et jeux, villes et campagnes, traditions et innovations.

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  • Depuis le début des années 1980, la multiplication des débats historiographiques a progressivement vu la remise en cause d'un ensemble de convictions scientifiques fortes. La réflexion des historiens s'est d'abord éloignée des certitudes de l'histoire sociale sérielle pour notamment se confronter aux propositions de la microstoria.
    Plus récemment, le rôle croissant des histoires et des historiographies non euro- péennes a transformé le domaine de la recherche historique. Enfin, l'écriture de l'histoire et ses ressources narratives sont de nouveau au centre de l'attention.
    Jacques Revel, historien, est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales dont il a été le président de 1995 à 2004. Il a notamment publié Jeux d'échelles (Hautes Études/EHESS, 1995) et Penser par cas avec Jean-Claude Passeron (EHESS, 2006). Ce volume rend hommage à l'influence de son travail, en proposant des études libres sur ce qui fonde le quotidien du métier d'historien.

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  • Pendant une bonne partie du 20e siècle, on a soutenu que la " révolution industrielle " avait été commandée par des facteurs techniques. Le renouvellement historiographique actuel, en particulier aux États-Unis, met l'accent sur les évolutions sociales liées à l'intensification de pratiques marchandes antérieures. L'étude de cas menée ici sur le Nord-Est des États-Unis au début du 19e siècle permet de mieux analyser les mécanismes de ce phénomène, désormais compris comme une rupture avec un modèle social préindustriel particulier.


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