Fayard

  • Alain Corbin nous offre une promenade dans le vent, au gré des expériences humaines de cette force élémentaire et des efforts réalisés par l'homme pour le comprendre et le dompter.
    Chacun peut éprouver le vent, sa présence, sa force, son influence. Parfois il crie et rugit, parfois il soupire ou caresse. Certains vents glacent, d'autres étouffent. Si l'homme a depuis l'Antiquité témoigné de cette expérience, il s'est longtemps heurté au mystère de ce flux invisible, continu, imprévisible. Le vent, aux traits immuables, échapperait-il à l'histoire ?
    Il n'en est rien. Dans cet essai sensible, Alain Corbin nous guide au fil d'une quête initiée à la fin du xviiie siècle pour comprendre les mécanismes d'un élément longtemps indomptable. C'est le temps de nouvelles expériences du vent, vécues au sommet de la montagne, dans les déserts ou, pour la première fois, dans l'espace aérien. Se modifient alors les manières de l'imaginer, de le dire, de le rêver, inspirant les plus grands écrivains, à commencer par Victor Hugo.
    Un champ immense se dessine aux yeux de l'historien ; d'autant que le vent est aussi, et peut-être avant tout, symbole du temps et de l'oubli.

  • Dans Les Mains du miracle, Joseph Kessel raconte l'exploit du thérapeute d'Himmler qui se faisait rémunérer en libérations de juifs et de résistants - sans que le lecteur puisse toujours distinguer la fiction du réel. François Kersaudy, historien spécialiste du IIIe Reich, retrace la véritable histoire de Felix Kersten, un récit de terreur, de lâcheté, de générosité, de fanatisme et d'héroïsme qui tiendra jusqu'au bout le lecteur en haleine.
    Tout le monde en France connaît l'histoire d'Oskar Schindler, qui a sauvé un millier de juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Mais on connaît beaucoup moins l'exploit de Felix Kersten, et pourtant, un mémorandum du Congrès juif mondial établissait dès 1947 que cet homme avait sauvé en Allemagne « 100 000 personnes de diverses nationalités, dont environ 60 000 juifs, [...] au péril de sa propre vie ». Encore, à l'issue du récit qui va suivre, de tels chiffres sembleront-t-il passablement sous-évalués.
    Un des ouvrages les moins connus et les plus émouvants de Joseph Kessel s'intitule Les mains du miracle. Ce roman retraçait déjà l'exploit du thérapeute d'Himmler qui se faisait rémunérer en libérations de juifs et de résistants  sans que le lecteur puisse toujours distinguer la part de Kessel de celle de Kersten. Pour reconstituer la véritable histoire au travers des archives, des mémoires, des journaux, des notes et des dépositions des principaux protagonistes, il fallait un historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, qui connaisse également l'allemand, l'anglais, le suédois, le norvégien, le danois et le néerlandais. Le résultat est un récit de terreur, de lâcheté, de générosité, de fanatisme et d'héroïsme qui tiendra jusqu'au bout le lecteur en haleine. Combien de fois dans l'existence rencontre-t-on un périple de cette envergure - sans un mot de fiction ?

  • Nul ne se souvient aujourd'hui du sort des juifs en Algérie lors de la Seconde Guerre mondiale, des camps de concentration ouverts en l'absence de tout Allemand par Vichy et leur maintien après un débarquement américain honteux. Le récit de cette période trouble nous dit beaucoup de l'identité de la France et de l'Algérie actuelles.
    « Voici le récit d'un épisode incroyable, trop souvent censuré, de l'histoire de France, de l'histoire de l'Algérie et de celle de la Seconde Guerre mondiale.
    1943. Une extraordinaire année de dupes, qui éclaire d'un jour nouveau la situation géopolitique mondiale d'aujourd'hui.
    C'est d'abord l'histoire des Juifs d'Algérie qui reçurent, en 1870, la citoyenneté française et qui subirent ensuite des discriminations plus intenses encore que partout ailleurs en France, trouvant leur apogée dans les trois années de domination pétainiste en Algérie.
    Des Juifs à qui deux gouvernements français successifs retirèrent leur citoyenneté : un gouvernement collaborant avec les nazis ; puis un autre, dont on ne parle jamais, collaborant avec les Américains.
    Des Juifs à qui des dirigeants français, hors de toute présence allemande, se préparaient à faire porter des étoiles jaunes et qu'ils s'apprêtaient à enfermer dans des camps de concentration sahariens.
    C'est aussi l'histoire du premier débarquement de troupes anglo-américaines en terre de France pendant la Seconde Guerre mondiale ; un débarquement qu'on ne commémore pas, parce que des troupes françaises y combattirent des troupes américaines.
    Cet épisode incroyable met en scène des vichystes proaméricains, des Américains pétainistes, des résistants maréchalistes, se battant les uns contre les autres.
    C'est enfin une histoire bien plus vaste, parce qu'en fait les dirigeants français craignaient que permettre aux Juifs d'être français n'ouvre le même avenir à tous les Algériens. Cela concerne aussi tous ceux qui réfléchissent aujourd'hui, où que ce soit dans le monde, à ce qu'est une citoyenneté, une nation, une identité. Pour construire un monde enfin libre et heureux. ».
    J. A.

  • Hélène Berr a 24 ans au moment où la vie lui est arrachée, en 1945, à Bergen-Belsen. Le centenaire de sa naissance est l'occasion de cette publication. Cet hommage, pleinement chargé de dire la vie et la mémoire, permet de faire visiter son Journal par des femmes et des hommes sans distinction d'âge ou d'appartenance sociale ou religieuse, il rallie à la figure d'Hélène Berr tous les autres disparus avec elle sans mot ni trace derrière eux.
    Il est assez curieux ce mot « centenaire » apposé tout près du nom d'Hélène Berr et avec lequel il ose même faire la rime. Presque inapproprié ou anachronique tant Hélène Berr est restée cette jeune femme à la grâce altière et d'éternelle jeunesse. 24 ans. 24 ans au moment où la vie lui est arrachée, en 1945, à Bergen-Belsen, laissant derrière elle son Journal, mais emportant dans le néant toutes les autres promesses d'amour et de créativité qu'elle sentait prêtes à éclore en elle. Pas une année de plus ne viendra égrener le décompte de ce temps qui passe inexorablement, vieillit les visages mais pas le sien, dessine des projets ou conforte des vocations mais pas la sienne.
    C'est en réponse à cette injustice qu'est née la volonté d'une publication à l'occasion de cette date symbolique. Un hommage certes, mais un hommage pleinement chargé de dire la vie et la mémoire, l'une et l'autre toujours aussi vives. Une célébration de son Journal donc, telle qu'elle l'aurait peut-être souhaitée, par des femmes et des hommes de la sphère publique ou non, sans distinction d'âge, d'appartenance sociale ou religieuse et dont le ressenti serait aussi un témoignage pour tous les autres partis avec elle, mais sans laisser le moindre mot ni la moindre trace.

  • Une réflexion critique sur les potentialités de l'histoire qui s'appuie sur l'étude de la période du XIIIe au XVIe siècle, avec l'histoire du Collège de France, la conceptualisation de la Renaissance par J. Michelet et l'évolution de la représentation du Moyen Age à l'époque contemporaine.

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  • Du banjo au smartphone en passant par le drapeau et le sex-toy, une déambulation dans le grand « magasin » du monde.
    Saviez-vous que le hamac, d'origine amérindienne, avait été mis au service de la conquête de l'espace ? Que le surf fut d'abord une pratique politique et religieuse ? Que le shampoing adopté par les Britanniques provient du sous-continent indien ? Que la boîte de conserve a initié le développement spectaculaire de Kuala Lumpur ? Que la passion du piano a accéléré l'extermination des éléphants des savanes africaines ? Que de petits coquillages des Maldives permettaient d'acheter des captifs destinés aux plantations outre-Atlantique ?
    À l'invitation de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre, près de quatre-vingt-dix historiennes et historiens ont accepté de relever le défi, savant et ludique, d'une histoire du monde par les objets. De la tong au sari, du gilet jaune à la bouteille en plastique, en passant par le sex-toy et la chicotte, ces objets tour à tour triviaux et extraordinaires éclairent nos pratiques les plus intimes tout en nous invitant à comprendre autrement la mondialisation et ses limites.

    Un voyage insolite et passionnant dans le grand magasin du monde.

  • Dans une passionnante biographie, Claude Grimmer dresse pour la première fois le portrait de ce prince européen, à la fois homme de guerre et de foi, diplomate sans être courtisan, qui incarna mieux que tout autre la transition qui s'opéra au XVIIe siècle de l'homme de guerre à l'homme de cour.
    Charles de Gonzague-Clèves (1580-1637), duc de Nevers, de Rethel puis de Mantoue, est l'archétype de ces princes du début du xviie siècle qui se heurtent aux mutations de leur temps.
    Alors que s'affirment partout en Europe les aspirations d'États forts, chacun cherche les moyens de s'imposer. De jeune guerrier, fin stratège, meneur d'hommes sur les champs de batailles, Charles devient calculateur, posant ses pions, nouant des alliances. Engagé dans de multiples projets, de la fondation de Charleville à la reconquête de la Grèce contre les Turcs, protégé par Henri IV, haï par Marie de Médicis, ses liens de parenté lui offrent un destin européen exceptionnel, des bords de la Meuse au duché de Mantoue.
    À partir d'archives inédites dispersées dans de nombreux pays ainsi que d'un millier de lettres, Claude Grimmer nous immerge, chose rare, dans l'intimité familiale d'un homme aussi soucieux de protéger les siens que d'arriver à ses fins : jouer un rôle en Europe.

  • Dans cette biographie tissée à quatre mains, Elisa Brilli et Giuliano Milani éclairent d'un jour nouveau le destin de l'une des plus grandes figures du Moyen Âge italien, démêlant le vrai du faux au gré d'une enquête où se font écho archives et oeuvre littéraire.
    « Une enquête a été faite contre [...] Dante Alighieri, du sestiere de Saint Pierre majeur [...]  pour établir s'il a commis  des « barateries », des injustes extorsions et des gagnes illicites en argent ou en nature ».
    Cante Gabrielli da Gubbio, podestat de Florence, 27 janvier 1302.

    « Je tiens pour un honneur l'exil qui m'est donné : car [...] tomber avec les bons reste digne de louange. ».
    Dante Alighieri, Tre donne, vers 1302-1308.


    Écrire une biographie de Dante est un défi auquel se sont confrontés nombre de chercheurs. Tandis que les archives se taisent le plus souvent sur la vie du Florentin ou sont d'interprétation délicate, son oeuvre contient tant de passages personnels qu'elle pourrait aisément se lire comme une autobiographie. Mais naïve serait la démarche qui prendrait Dante pour un témoin fidèle de sa vie.
    Dans une enquête conduite à quatre mains, où documents et oeuvre littéraire se font écho, Elisa Brilli et Giuliano Milani renouent les fils de ce destin singulier. Celui d'un homme aux prises avec les bouleversements politiques de son temps, à la charnière des xiiie et xive siècles, et dont les expériences, horizons et réactions changent en fonction des contextes qu'il traverse (municipal, seigneurial, impérial, courtisan) ; celui d'un homme qui tenta à plusieurs reprises de façonner sa vie par l'écriture, inventant une forme de récit de soi, aux contenus toujours changeants, entre mémoire individuelle et universelle.
    Là est sans doute la contribution essentielle de Dante à la culture occidentale.

  • Pourquoi la tour Eiffel a-t-elle failli s'appeler la tour Bonickhausen ? Quand le bleu est-il devenu la couleur du ciel ? Y a-t-il des neurones dans nos intestins ? Quels sont les dessous érotiques de l'expression "l'affaire est dans le sac" ? Comment un berger aux chèvres insomniaques a-t-il découvert le café ? Jusqu'où la Montespan est-elle allée pour l'amour de Louis XIV ? Pourquoi Voltaire et Rousseau se détestaient-ils ? Qui a inventé la valse ? Qui était Lady Lovelace, la pionnière de l'informatique ? Quel est le lien entre Google et une faute de frappe ? Dalí était-il fou ? En 250 histoires étonnantes, Sidonie Bonnec et Thomas Hugues revisitent la culture générale à travers des détails méconnus et des anecdotes savoureuses.
    Un peu d'histoire, de sciences ou de nature, une dose de géographie ou d'économie, une rasade de sport ou une petite leçon de choses... A vous de les picorer au gré de vos envies ! Sidonie Bonnec et Thomas Hugues sont journalistes. Ils ont animé ensemble pendant six saisons l'émission quotidienne La curiosité est un vilain défaut sur RTL.

  • Le métis avec qui Serge Gruzinski dialogue par-delà les siècles est l'exact contemporain de Montaigne. Fils d'un conquistador et d'une Indienne, il est devenu à la fois interprète et homme d'affaires. Il a pris le temps de répondre au vaste questionnaire lancé par la couronne espagnole pour connaître ses nouveaux territoires. Avec un visible plaisir, il s'improvise tour à tour historien et journaliste : il évoque l'histoire de son pays, parle de ses traditions et de ses croyances tout autant que de ses inquiétudes sur le présent, même si il n'adhère pas à l'idée alors commune que la fin du monde est proche.Ce document exceptionnel est un témoignage de première main sur la construction de la première société coloniale des temps modernes le Mexique mais aussi sur l'essor de la mondialisation ibérique. Serge Gruzinski y puise la matière d'un vrai dialogue, posant à cet homme de la Renaissance des questions que chacun affronte aujourd'hui : quels repères se forger quand tout change autour de soi et que le passé sombre dans l'oubli ? Comment s'adapter à un monde qui se globalise ? Historien de renommée internationale, Serge Gruzinski enseigne l'histoire en France (EHESS), aux États-Unis (Princeton) et au Brésil (université du Para, Belem). Il est spécialiste de la mondialisation ibérique au xvie siècle et l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Les Quatre Parties du monde : histoire d'une mondialisation (La Martinière, 2004), La Pensée métisse (Fayard-Pluriel, 2012), L'Aigle et le Dragon (Fayard, 2012), L'Histoire pour quoi faire ? (Fayard, 2015) ou encore La Machine à remonter le temps (Fayard, 2017).

  • Dans cet essai novateur élaboré à partir de l'exemple allemand, Jean-Numa Ducange éclaire un pan méconnu de l'histoire de la gauche européenne, quand son idéal de solidarité des ouvriers du monde entier, par-delà les frontières, se confrontait à la réalité, parfois violente, des nationalités. Une question aujourd'hui encore essentielle.
    La gauche doit-elle défendre la nation ? Crise du projet européen, mises en cause des frontières, retour des nationalismes et xénophobie font chaque jour l'actualité. Le dépassement des frontières nationales, qui semblait un temps aller de soi, n'était-il pas une erreur de diagnostic ? Dans des sociétés plurielles, comment peuvent coexister des populations qui ne disposent pas, à l'origine, d'une histoire partagée ?
    Toutes ces interrogations furent débattues par la gauche européenne au cours de son histoire. Dans cet essai novateur élaboré à partir du monde germanophone, Jean-Numa Ducange restitue ce grand débat qui occupa les têtes pensantes du socialisme, comme le quotidien des militants. Dans la seconde moitié du xixe siècle, les premiers partis socialistes durent se confronter à une évidence : l'extension du marché et du capitalisme, pas plus que les luttes des travailleurs à l'échelle internationale, n'ont conduit à la disparition des nations. Le Parti social-démocrate allemand n'est à l'époque pas seul à proposer des solutions, mais nul n'a alors plus d'influence à l'étranger : de Paris à Moscou, il fascine. Surtout, lui et son alter ego autrichien sont confrontés aux problèmes posés par la coexistence de multiples nationalités, tandis que la question coloniale s'impose sur le devant de la scène.

  • Camille Lefebvre nous immerge dans les premiers temps de la colonisation et redonne vie aux mondes qui s'enchevêtrent alors, pour nous aider à saisir comment s'est peu à peu construite la domination coloniale.
    Au début du XXe siècle, quatre-vingts militaires français accompagnés de six cents tirailleurs envahissent deux puissantes villes du Sahara et du Sahel. La France, comme plusieurs autres pays européens, considère alors les territoires africains comme des espaces à s'approprier. Elle se substitue par la force aux gouvernements existants, au nom d'une supériorité civilisationnelle fondée sur le racisme.
    Depuis le coeur de ces deux villes, grâce à une documentation exceptionnelle, Camille Lefebvre examine comment s'est imposée la domination coloniale. Militaires français, tirailleurs, mais aussi les sultans et leur cour, les lettrés et les savants de la région, sans oublier l'immense masse de la population, de statut servile ou libre, hommes et femmes : tous reprennent vie, dans l'épaisseur et la complexité de leurs relations. Leur histoire révèle la profondeur des mondes sociaux en présence ; elle retisse les fils épars et fragmentés des mondes enchevêtrés par la colonisation.
    Les sociétés dans lesquelles nous vivons, en France comme au Niger, sont en partie issues des rapports de domination qui se sont alors noués ; s'intéresser à la complexité de ce moment nous donne des outils pour penser notre présent.

  • Le vert aurait une vertu apaisante. Et à voir les balcons et les toits de nos immeubles, les trottoirs de nos villes, les citadins d'aujourd'hui tentent d'en tirer leçon. La verdure reprend ses droits, comme pour répondre à un désir, comme pour retrouver des émotions perdues.
    Nombreux sont ceux qui célébrèrent ce pouvoir sensible de l'herbe. De Lucrèce à Pétrarque, de Ronsard à George Sand, de Lamartine à René Char, Alain Corbin dresse un portrait de ces hommages rendus à l'herbe dans tous ses états, en brin ou en touffe, mauvaise ou folle. Et l'on renoue alors avec des sensations familières  : la joie de l'enfant se roulant dans l'herbe, l'invitation au repos après un déjeuner sur l'herbe, les odeurs de foin coupé, le bourdonnement du petit monde des prés, mais aussi l'érotisme d'un lit d'herbe, jusqu'à la paix provoquée par l'herbe disciplinée des cimetières.
    Au gré des citations qu'il éclaire de son regard d'historien, Alain Corbin nous convie à une promenade sensible et verdoyante.
      Historien spécialiste du xixe  siècle en France, Alain Corbin est reconnu internationalement pour son approche novatrice sur l'historicité des sens et du sensible, auxquels il a consacré de très nombreux ouvrages. Auteur des Filles de rêve (Fayard, 2014) et de La Douceur de l'ombre (Fayard, 2016), il a récemment dirigé l'Histoire des émotions (Seuil, 2016, 2 vol.).

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  • Il n'est pas facile de parler de Shoah. Il y a de la magie dans ce film, et la magie ne peut pas s'expliquer. Nous avons lu, après la guere, des quantités de témoignages sur les ghettos, sur les camps d'extermination; nous étions bouleversés. Mais, en voyant aujourd'hui l'extraordinaire film de Claude Lanzmann, nous nous apercevons que nous n'avons rien su. Malgré toutes nos connaissances, l'affreuse expérience restait à distance de nous. Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre coeur, notre chair. Elle devient la nôtre. Ni fiction, ni documentaire Shoah réussit cette re-création du passé avec une étonnante économie de moyens: des lieux, des voix, des visages. Le grand art de Claude Lanzmann est de faire parler les lieux, de les ressusciter à travers les voix, et, par-delà les mots, d'exprimer l'indicible par des visages.

    C'est une composition musicale qu'évoque la subtile construction de Shoah avec ses moments où culmine l'horreur, ses paisibles paysages, ses lamentos, ses plages neutres. Et l'ensemble est rythmé par le fracas presque insoutenable des trains qui roulent vers les camps.

    La construction de Claude Lanzmann n'obéit pas à un ordre chronologique, je dirais _ si on peut employer ce mot à propos d'un tel sujet _ que c'est une construction poétique.

    Jamais je n'aurais imaginé une pareille alliance de l'horreur et de la beauté. Certes, l'une ne sert pas à masquer l'autre, il ne s'agit pas d'esthétisme: au contraire, elle la met en lumière avec tant d'invention et de rigueur que nous avons conscience de contempler une grande oeuvre. Un pur chef-d'oeuvre.
    SIMONNE DE BEAUVOIR

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  • Dans un récit haletant, Jean-Christophe Brisard retrace le destin de ces diplomates, présents à Berlin entre 1939 et 1945, qui furent plus que tout autre confrontés à leur conscience.
    Jean-Christophe Brisard a retrouvé dans les archives militaires russes un document historique majeur de la Seconde Guerre mondiale : le livre d'or d'Hitler.
    De janvier 1939 au 20 avril 1945, année après année, les invités des grandes cérémonies du régime, principalement des diplomates, y ont apposé leur signature comme autant de preuves de leurs liaisons dangereuses avec le Reich. En mai 1945, tous ceux qui n'avaient pas quitté Berlin ont été capturés par les Soviétiques et envoyés à Moscou pour y être interrogés.
    En croisant ce document exceptionnel avec les rapports des services secrets soviétiques et des sources diplomatiques internationales, Jean-Christophe Brisard retrace dans ce récit passionnant les destins de ces hommes qui furent plus que tout autre confrontés à leur conscience. Car si beaucoup firent preuve de compromission, de lâcheté et d'opportunisme, quelques-uns se comportèrent comme des héros.
    Une plongée inédite dans le Berlin des années de guerre, à hauteur d'homme.

  • Simone, éternelle rebelle

    Sarah Briand

    • Fayard
    • 14 Octobre 2015

    Matricule 78651. Simone Veil a seize ans et elle est condamnée à mourir à Auschwitz. Elle est devenue immortelle. Son destin fascine et intrigue. Il était temps de percer le mystère qui entoure le parcours exemplaire de celle qui est devenue une icône pour des générations de femmes.

    Se nourrissant de témoignages inédits, Sarah Briand retrace l'itinéraire de la petite fille au caractère rebelle qui s'appelait encore Simone Jacob lorsqu'elle revint des camps de la mort, sa rencontre avec son futur mari, le doux cocon familial, les coulisses de ses combats politiques, les rendez-vous secrets, les blessures et les drames qui ont émaillé sa vie.

    Une plongée dans l'intimité d'une combattante.

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  • Dans un dialogue entraînant, Hélène Miard-Delacroix et Andreas Wirsching disent l'histoire agitée de deux voisins singuliers et expliquent à quel point la connaissance du passé commun est importante pour la coopération franco-européenne dans l'Union européenne du xxie siècle.
    Meseberg, Allemagne, le 1er juillet 2020 : Angela Merkel et Emmanuel Macron réaffirment, lors d'un déjeuner abondamment photographié par la presse européenne, une entente franco-allemande qui n'a pas toujours coulé de source.
    Hélène Miard-Delacroix, historienne française, et Andreas Wirsching, historien allemand, nous racontent de leur point de vue l'histoire tumultueuse qui a lié ces deux grands pays au coeur de l'Europe. Des siècles durant, soupçons, jalousies, humiliations et craintes des deux côtés du Rhin ont engendré de sanglants conflits, de la guerre franco-allemande de 1870-1871 aux Première et Seconde Guerres mondiales.
    Après 1945, les deux nations ont su mettre en place une relation d'amitié et s'accorder grâce à nombre de protagonistes dont les couples politiques - d'Helmut Kohl et François Mitterrand à Angela Merkel et Emmanuel Macron.
    Si ces deux voisins singuliers veulent encore aujourd'hui jouer un rôle dans l'Histoire en imposant une coopération franco-allemande dans l'Union européenne, ils devront mettre leurs passifs de côté. Ce livre stimulant et accessible à tous montre à quel point la connaissance du passé commun est importante pour qu'il en soit ainsi.

  • Dans un texte engagé, François-Xavier Fauvelle affronte les défis d'une histoire de l'Afrique. Contre le déni d'historicité, la fascination pour les origines ou une grille de lecture « ethnique », l'historien doit faire place à la diversité des mondes africains et de leurs trajectoires au cours des millénaires.

    S'il n'est jamais superflu de rappeler que les sociétés africaines sont faites de la même étoffe historique que toutes les sociétés, c'est parce que les passés de l'Afrique sont restés longtemps méconnus. Être historien ou archéologue de l'Afrique, dès lors, consiste à désencombrer le passé autant qu'à en saisir la diversité : richesse de la littérature orale et de la documentation écrite, pluralité des langues et des religions, inventivité technique et sociale, cohabitation des formes politiques. Attentif aux multiples trajectoires historiques qui s'y manifestent, François-Xavier Fauvelle invite à écouter ce que nous apprend l'histoire de l'Afrique.

  • Nul autre homme d'Etat n'a été autant fasciné par l'Histoire que le général de Gaulle. Sa très sûre et immense connaissance du passé européen, de la culture de l'Europe et de ses mythes, et la relation intense entre la France et la Russie étaient chacune partie intégrante de son univers mental et de son imaginaire. Le général de Gaulle voyait la Russie comme cet "allié de revers" indispensable à sa sécurité, mais plus encore parce qu'elle participait à sa conception de l'équilibre de l'Europe et de la place de l'Europe dans le monde.
    La politique franco-russe du Général s'est étendue sur trois décennies, marquées par des ruptures impressionnantes : la guerre, la guerre froide et les tentatives d'ouverture des blocs Est-Ouest. Nul autre homme d'Etat n'a eu une expérience aussi grande et diverse des dirigeants de l'URSS. Or, s'agissant d'un système politique totalement dominé par celui qui se trouvait au sommet, la familiarité du général de Gaulle avec Staline, Khrouchtchev et Brejnev est une donnée exceptionnelle de son action politique.
    C'est pourquoi son action et son expérience, considérées dans leur totalité, dans la durée et avec le recul du temps, constituent, au moment où la carte du monde se recompose et que le monde n'est plus exclusivement américain, un précieux apport à la réflexion géopolitique actuelle.

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  • Louis XI

    Paul-Murray Kendall

    • Fayard
    • 14 Novembre 1974

    L'histoire de Louis XI, c'est l'histoire d'un homme qui sut imposer aux autres ses décisions, qui dut garder sans cesse l'esprit en éveil, plier le temps à ses desseins, être deux fois plus habile et trois plus rapide que ses semblables, et cacher toujours son sens de la comédie derrière les gestes du conformisme. Adolescent sans ressources, il se rebelle contre le monde; souverain tout puissant, il amène le monde à se rebeller contre lui. Sur sa vie, sur son caractère, nous disposons de nombreux témoignages. De la masse de documents que Paul Murray Kendall a passé plusieurs années à étudier ressort l'image d'un homme aux capacités exceptionnelles, doué d'une personnalité extraordinairement diverse et complexe. Ses ennemis l'appelèrent, non sans raisons, " l'universelle araigne ", et les ambassadeurs milanais, qui se jugeaient plus fins que tout ce qui venait de l'autre versant des Alpes, le considéraient comme " le plus subtil qui soit ". Pourtant, moins d'une génération après sa mort, on racontait qu'il s'abreuvait du sang des nouveaux-nés au cours de sa dernière maladie, qu'il était l'assassin de son frère, et qu'il se délectait à écouter les cris de ses victimes torturées.

    En abandonnant la légende pour retrouver la vie, on découvre les vraies dimensions de l'homme, son habileté à charmer, son insatiable curiosité, son goût de la loyauté. Tout cela, Paul Murray Kendall nous le révèle dans une biographie qui apporte une contribution essentielle à l'histoire du XVe siècle tout en demeurant un livre d'une lecture à la fois facile et passionnante.

    L'auteur: Professeur d'histoire et d'anglais, Paul Murray Kendall (1911-1973) a enseigné pendant plus de trente ans à l'université de l'Ohio, puis, après sa retraite, à l'université du Kansas. Il a consacré plusieurs ouvrages à l'histoire du XVe siècle, dont trois grandes biographies: Richard III, Louis XI et Warwick, le Faiseur de Rois. Il a également écrit un roman historique, Mon frère Chilpéric.

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  • Quel roman que celui de la longue relation - trois siècles - qui tant de fois attira, unit, opposa, réconcilia la Russie et la France !

    La Russie, État-continent qui s'étend en Europe et en Asie, s'est toujours revendiqué puissance européenne. Et l'Europe, pour la Russie, fut d'abord et toujours la France. Celle de Louis XIV, des Lumières, de la Révolution et de l'Empire, des idées, de la langue, de la culture, de la liberté et de la puissance. Durant trois siècles, cette France a fasciné tous les souverains Romanov, acharnés à s'en faire reconnaître, accepter, aimer, à se voir accorder le statut de puissance égale de la France.

    La France y opposa durablement méfiance et hostilité, voyant dans la Russie un pays attardé, barbare, étranger à l'Europe et dangereux, avant de s'y allier lorsque le puissant Empire allemand lui imposa ce tournant. Durant trois siècles, la relation heurtée de ces deux pays a constitué une part essentielle de l'histoire européenne avant de sombrer dans le grand cataclysme de la Première Guerre mondiale.

    Cet ouvrage reconstitue cette longue relation franco-russe, il a aussi pour but d'en rechercher les constantes et peut-être un éclairage pour un présent inquiétant et difficile.

  • Des premières années du xxe siècle à la chute de l'Union soviétique, ce livre explore les enjeux politiques, militaires, mais aussi économiques, culturels et migratoires qui ont profondément transformé ces territoires des confins. Ce faisant, il interroge la nature des frontières et de leur évolution dans le monde contemporain.
    L'histoire du Caucase contemporain, ancienne région de contact entre les empires, est un parcours au fil d'un siècle de relations entre Russie, Turquie et Iran. Des premières années du xxe siècle aux conséquences de la chute de l'Union soviétique, ces territoires de confins furent l'objet d'enjeux politiques et militaires, mais aussi économiques, culturels et migratoires exacerbés par cet ancrage géographique à la croisée des influences.
    Comment la densité d'un espace frontalier turbulent se retrouve-t-elle au coeur de politiques qui visent à l'homogénéiser et à l'intégrer dans des espaces de plus en plus nationaux ? Comment passe-t-on d'une frontière ouverte, vécue de manière fluide par les populations, à ce lieu de confrontation, politique ou idéologique ?
    Tandis que la question de la circulation des hommes a pris ces dernières années un caractère dramatique, Étienne Peyrat livre les clés pour comprendre la nature même des frontières et de leur évolution dans le monde contemporain, entre jeu des puissances et vie des sociétés.

  • Dans une biographie inédite, Pierre Monnet dresse le portrait de ce souverain hors norme, infatigable bâtisseur, amasseur de reliques, grand lettré, inlassable voyageur. Un roi entre deux ponts, à la fois médiéval et moderne, au carrefour des langues et des cultures européennes.

    Charles IV (1316-1378) fut le roi et l'empereur d'une chrétienté en crise au xive siècle, déchirée par la peste, la guerre de Cent Ans et les débuts du schisme pontifical. Issu de la dynastie des Luxembourg, il est né à Prague, a été élevé à Paris, fit ses premières armes en Italie, devint roi des Romains, roi de Bohême, roi des Lombards, roi d'Arles et ceignit enfin la couronne impériale à Rome. Il parlait, lisait, écrivait le tchèque, le français, l'allemand, le latin, l'italien. Collectionneur passionné de reliques et d'oeuvres d'art, notamment de ses propres portraits, il est l'auteur, fait rarissime, d'une autobiographie qui raconte son enfance, ses rêves, ses doutes à la première personne. Il est aussi le père de la Bulle d'Or de 1356, une Constitution qui ordonne l'élection et les institutions du Saint Empire jusqu'en 1806, établit un équilibre fédéral et territorial à l'allemande, d'une certaine manière toujours actuel.
    Constructeur de châteaux, marié quatre fois, grand lettré, inlassable voyageur, Charles IV fut un roi et empereur à la fois médiéval et moderne, au carrefour des langues et des cultures européennes.

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  • L'épopée des Croisades, le royaume franc de Jérusalem nous sont surtout connus à travers le récit des chevaliers venus de l'Occident chrétien. On ignore trop souvent le point de vue oriental, celui des Arabes et de l'Islam. Ousâma Ibn Mounqidh en fut à la fois l'acteur et le témoin, le guerrier et le poète. Neveu du prince de Chayzar, il a passé une partie de sa vie dans cette forteresse de Syrie du Nord sur les rives de l'Oronte. Il est né à l'époque de la première Croisade et va mourir quelques mois après la reprise de Jérusalem, une fois les Francs écrasés à Hattîn en 1187 par Saladin.

    Sa vie est tout entière consacrée à la chasse, à la guerre, à la prière. De Chayzar à Damas, de Damas au Caire, puis de nouveau à Damas, ce prince musulman va servir successivement trois grands capitaines et seigneurs de l'Islam: Zengi, Noural-Dîn et Saladin. Il nous a laissé une autobiographie, oeuvre insolite dans la littérature arabe classique.

    André Miquel, en historien érudit et en écrivain de talent, a fait sien le récit d'Ousâma pour mieux nous restituer l'échiquier complexe du Proche-Orient divisé entre principautés musulmanes, les rapports conflictuels entre Arabes, Turcs et Francs. Il a fait d'Ousâma le prototype d'une chevalerie orientale, avec son code, ses rites, son exaltation de l'amour, de l'amitié, de l'aventure et de l'honneur. Il met du même coup en lumière le saisissant face à face de l'Islam et de la Chrétienté qui a tant marqué notre Moyen Age.

    Professeur de langue et de littérature arabes au Collège de France, André Miquel a publié notamment: L'Islam et sa civilisation _ VIIe _ XXe siècles, La Littérature arabe, Sept contes des Mille et une nuits, Majnûn et Laylâ, l'amour fou, Laylâ, ma raison. Il est actuellement administrateur général de la Bibliothèque nationale.

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